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 ANAYA SCOTT ♛ DOLLHOUSE

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Invité






MessageSujet: ANAYA SCOTT ♛ DOLLHOUSE   Dim 30 Oct - 15:43


   

   
Anaya Scott


   


   TON PERSONNAGE

   NOM & PRÉNOM(S) ♛ Anaya, du clan Scott
   ÂGE ♛ dix-sept ans
   DATE DE NAISSANCE ♛ au matin du quatorze janvier dix-sept cent vingt-cinq
   ORIGINE ♛ écossaise, des Lowlands
   SITUATION FAMILIALE ♛ célibataire et orpheline de mère, elle vit auprès de son père, de ses frères aînés, de sa jumelle et de sa soeur cadette. Entre autres.
   MÉTIER(S)  ♛ Lady Scott, fille aînée de la branche majeure d'un des plus puissants clans du royaume.
   GROUPE  ♛ le tartan déchiré
   CRÉDITS  ♛ hollow bastion & tumblr

   LE JOUEUR

   PSEUDO WEB ♛ écrire ici
   ÂGE ♛ écrire ici
   COMMENT AS-TU CONNU LE FORUM ♛ par partenariats ;)
   TON PERSONNAGE EST-IL FICTIF
   OU HISTORIQUE ♛
écrire ici
   AS-TU PRIS UN SCENARIO, PV
   OU INVENTE ♛
PV
   AVATAR  ♛ Alexandra Dowling


   
Prête allégeance à ton Laird

   


   
QUE PENSES-TU DES HIGHLANDERS ? ♛ une belle bande de barbares sans foi ni loi, des brutes dénués de tout civisme, de toute éducation, des imbéciles sans cervelle, incapables de réfléchir comme chaque homme se devrait de le faire. Je les fréquente fort peu, et cela me convient à merveille, car nombre d'entre eux sont tout bonnement infréquentables. Oh certes, certains parmi eux sont de braves gens, et tous ne sont pas aussi étriqués d'esprit qu'on le dit, mais ceux-là constituent l'exception qui confirme la règle. La plupart sont des monstres de bêtise et de rudesse. J'ai appris à me garder d'eux, à m'en éloigner et même à m'en gausser, et je ne m'en prive point !


   
QUE PENSES-TU DE L'INVASION ANGLAISE EN ÉCOSSE ? ♛ invasion, c'est un bien grand mot. Mon clan n'a pas toujours été le bon ami des anglais mais aujourd'hui, les Scott sont fiers d'être l'un des premiers soutiens du royaume de la rose sur les terres écossaises. Nous sommes en bon termes avec la couronne anglaise et ferons tout pour le rester - mon père y veille et comme chacun chez moi, je me dois de perpétrer cela. Les anglais sont géographiquement proches de nos terres et l'influence qu'ils ont eu sur nous a été en tous points bénéfique. Ils nous ont apporté une culture, une éducation et un savoir que ces barbares de Highlanders feraient bien d’acquérir si ils espèrent pouvoir un jour se hisser à leur portée ! Je demeure écossaise et fière de mes origines, mais l'Angleterre n'a pas que du mauvais et leur présence en Écosse peut être porteuse d'un bel avenir.


   
LE ROI JAMES STUART DEVRAIT-IL RÉGNER SUR L’ÉCOSSE SELON TOI ? ♛ en aucun cas : le roi d’Écosse est le roi d'Angleterre, un Hanovre. Stuart a joué, il a perdu, le voilà en exil et grand bien lui fasse : sa place n'est plus ici. Les Stuart sont dépassés. Leur époque est révolue, leur croyance dépassée - jadis les Scott les ont soutenus, mais les temps ont changé et nous avons changé avec eux. C'est ce que l'on nomme 'Histoire', qui oserait prétendre être assez fort pour la contrer ? Le roi George l'est par la volonté de Dieu, et il est de notre devoir d'accomplir la volonté de Dieu - donc de soutenir Sa Majesté. Les jacobites n'ont-ils donc aucune compréhension des choses, des temps qui courent ? Nous autres Scott n'avons pas oublié notre rôle, au moins : soutenir le monarque véritable, fut-il d'ascendance allemande, fut-il roi d'Angleterre. Dieu nous le rendra.


   
« everyone thinks that we're perfect
please don't let them look through the curtains »


Dernière édition par Anaya Scott le Mar 8 Nov - 18:45, édité 9 fois
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Invité






MessageSujet: Re: ANAYA SCOTT ♛ DOLLHOUSE   Dim 30 Oct - 15:44


   
we'll be a perfect family

   

   
'Resserre un peu mon corsage, Megan, s'il te plait.'

Le 's'il te plait' étant à prendre pour ce qu'il était : un ordre à peine dissimulé. Sans broncher, la dame de parage s'exécuta, mais non sans cette petite moue que je commençais à bien connaître désormais, cet expression désapprobatrice qui avait quelque chose de douloureusement familier. Le visage de mon père n'était finalement guère différent lorsque les Kerr arrivaient avant nous aux réceptions données par Sa Majesté dans la resplendissante salle du banquet de Holyrood Castle - lorsque il prenait la peine de quitter ses compagnes des bas-fonds d’Édimbourg pour nous rejoindre à la Cour. Je masquais à grand-peine mon propre agacement : il n'y avait guère que Père pour nous imposer la présence de ses bâtards au sein même de notre propre maison ! Megan était une brave demoiselle certes, et ma demi-soeur sans doute, elle n'en était pas moins une bâtarde. J'eus un petit soupir lorsque, ayant accompli mon souhait, elle recula d'un pas, me laissant seule face à mon miroir en pied. 'Amo', littéralement 'j'aime', la devise des Scott - elle allait comme un gant à mon illustre géniteur, quoique c'était un autre amour que celui que l'on portait à Dieu et au souverain qui occupait l'essentiel de son temps. Megan en était une preuve parmi d'autres, une parmi les trop nombreux rejetons nés de cette Sarah Atkinson. Celle-ci, la plus âgée, mon aînée de cinq ans, avait échoué à notre service, aussi mes soeurs et moi devions tolérer sa présence chaque jour passant. Au reste, je le supportais mieux que mes soeurs : Greer en particulier jugeait cela tout simplement détestable, et ne se gênait pas pour le faire comprendre au tout-un-chacun, à l'intéressée plus encore. Peut-être était-ce pour cela que Megan restait systématiquement dans mes pattes, parce-que moi, contrairement à ma jumelle, je ne disais trop rien, même si je n'en pensais pas moins. 'Tu devrais aller rejoindre Agnès,' lui dis-je, 'son chignon ne s'arrangera pas tout seul.' Elle s'inclina, partit en refermant doucement la porte derrière elle, et me laissa seule. Je détaillais mon aspect.

Plutôt petite, mince à l'extrême, le teint clair et les yeux bleus, on me faisait la réputation d'une jolie fille. C'était peut-être vrai, je n'étais guère bien placée pour juger. J'avais toujours trouvé ma mère sublime, or nous nous ressemblions finalement assez peu, si j'en jugeais le portrait accroché au mur de ma chambre. Moi je n'avais réellement aucun souvenir d'elle, morte l'année de mes quatre ans. Agnès en avait alors deux - seuls mes aînés, Francis et William, s'en souvenaient un peu. Et encore.

La flamboyante chevelure rousse de ma génitrice ressortait admirablement sur la peinture, et ce en dépit de sa coiffe. Feu Jane Douglas avait été en son temps le prototype de la femme écossaise, physiquement tout au moins : teint de lait et taches de son, boucles épaisses d'un roux foncé, yeux verts, taille haute et tête droite. C'était masquer son éducation très anglaise, très Orange aussi : feu son père, mon grand-père James Douglas, deuxième duc de Queensberry, avait été en son temps fervent soutien de William III. En témoignait la présence dans la bibliothèque familiale, plutôt détonante, des écrits de Calvin. Ce n'était pas du fait de mon père, qui au reste se détournait ostensiblement des affaires religieuses, mais ma mère en lisait quelques passages, parfois, dans ses moments de nostalgie. Sans doute lorsque les maîtresses de son cher et tendre époux se faisaient trop nombreuses, trop bruyantes, et ses bâtards trop présents. Je me demandais souvent de ce qu'elle avait pensé en les voyant vivre sous le même toit que sa propre progéniture, les Scott légitimes - j'aurais aimé la connaître mieux, c'était indéniable.

Un fracas vint me distraire brutalement de ma rêverie : la porte de ma chambre s'ouvrit à grand bruit et s'en alla frapper contre le mur. 'Toc toc !' s'exclama ma soeur hilare. Je haussais un sourcil.
'Ta discrétion t'honore, Greer,' fis-je d'un ton acide. Elle me retourna un immense sourire : 'tu m'en vois ravie.' Je levais les yeux au ciel. De prime abord, il n'était pas malaisé de nous confondre, ma jumelle et moi, tant nous nous ressemblions. Quiconque ne nous connaissait pas s'y cassait presque toujours le nez. Mais en nous côtoyant un peu, ne serait-ce que deux heures, c'était évident que nos caractères n'étaient en rien semblables. Greer était le soleil quand j'étais la lune, le feu quand j'étais la glace - aussi exubérante, impétueuse et franche que j'étais discrète, prudente et dissimulatrice. Elle ruinait souvent l'effet produit par sa joliesse dès qu'elle ouvrait la bouche : pourquoi ne disait-elle que ce qu'elle pensait, et jamais ce que l'on attendait d'elle ? Voilà une question que je me posais depuis dix-sept ans, sans jamais obtenir de réponse satisfaisante. Je réajustais mes boucles d'oreilles. 'Elles sont jolies,' remarqua ma soeur en suivant des yeux mon geste. 'A la dernière mode,' souris-je.
' - Mode londonienne, je suppose ?
- Bien vu. Ce n'est pas ici que tu trouveras de telles beautés.
- Père va adorer.
- J'y compte bien. Est-ce ce soir que William rentre de l'Université ?
- Il paraît,' soupira ma jumelle en s'asseyant sur mon lit, 'en voilà un qui a de la chance.
- Quoi, de faire des études ?
- Cela ne te plairait pas ?'
Je réfléchis un bref instant : 'si, sans doute', finis-je par avouer, 'mais je préfère ne pas me poser la question, puisque même si j'en avais rêvé nuit et jour, jamais je n'aurais pu en être. Alors pourquoi nourrir des regrets pour une chose impossible dès le départ ?
- Drôle de philosophie, Ana.
- Pas tant que ça. Tu devrais en prendre de la graine, au lieu de ressasser toutes les choses que tu ne peux pas faire - pense à ce que tu peux faire.
- Et que puis-je faire, madame la philosophe ?
- Te marier. Trouvons-nous un bon parti, digne de nous et de notre clan, ayons des enfants, continuons de soutenir Père et la cause Hanovrienne, et considérons que notre devoir sur terre a été accompli.'

Greer eut un éclat de rire et je pris une profonde inspiration : je connaissais assez ma soeur pour la savoir totalement insensible à mes arguments. 'Notre devoir,' siffla-t-elle, 'étrange affaire que celle-ci. Elle rythme notre existence depuis toujours, elle nous étrique tant et si bien que notre vie ne nous appartient plus.' Je vins m'asseoir près d'elle, sur le lit : 'notre vie ne nous appartient pas, Greer. Ni maintenant ni jamais, c'est un moindre mal. Nous sommes nées privilégiées, infiniment plus que bon nombre de gens là-dehors. As-tu manqué de quoi que ce soit ?
- Moi ? D'une mère !
- C'est Dieu qui l'a rappelée à lui, et ses volontés sont impénétrables. Tu ne peux en vouloir à quiconque pour sa mort.
- D'un père, aussi.
- Ne sois pas bête. Père est un grand homme.
- Un grand coureur de gueuses, surtout !
- Greer ! Serais-tu devenue folle, à t'exprimer ainsi ?
- C'est un fait, Ana, un FAIT. La catin le soucie plus que notre sort, c'était déjà le cas lorsqu'il était marié, et ça l'est encore plus maintenant. Et non content de collectionner les prostituées comme d'autres les trophées de chasse, nous devons en plus supporter sa marmaille. Cette Megan n'a rien à faire à notre service.
- Justement, Greer, elle est à notre service. Elle n'est point notre égale et ne le sera jamais.
- Encore heureux !
- Ne sois pas inutilement amère, tu n'en tireras rien de bon.
- Toi, tu n'es pas inutilement amère, peut-être ? Cela ne te dérange pas d'entendre les noms d'Atkinson, de Jenkins et de toutes ces filles du Diable qu'il a engrossées ? Ce sont des insultes, Ana, des insultes à notre clan et à notre mère !
- Mère était bien au delà de tout ça.
- Qu'en sais-tu ? Elle t'a parlé depuis la tombe ? Certes, là où elle est désormais, cela ne la perturbe guère. Parfois, je l'envie : la mort vaut sans doute mieux qu'un tel déshonneur.'
Je me levais : 'tu ne penses pas ce que tu dis.
- Nous vivons dans le mensonge, Ana, et tu le sais bien. Ose dire que cela ne t'es pas insupportable.'

J'ouvris la bouche, la refermais. Ç’aurait été terriblement malhonnête de ma part de nier - malhonnête, je pouvais l'être en un sens, mais jamais avec ma soeur. Aussi étonnant que cela puisse sembler, j'avais en elle une confiance absolue, que je ne plaçais en personne d'autre. Ni en ma cadette, ni en mes frères, ni en les divers membres du personnel domestique qui m'entouraient depuis ma plus tendre enfance : personne hormis Greer. 'Ce n'est pas tout à fait cela, tu sais, il...
- Anaya, cesse. Père ne s'intéresse pas à nous, sinon pour s'assurer que de l'extérieur, nous ayons tous les airs d'une famille parfaite.'

Elle avait raison, je savais au fond de moi qu'elle avait raison. Et que c'était pesant, à la longue, de jouer sans arrêt cette comédie infernale. Les Scott étaient certes plus unis que d'autres clans, au moins nous étions tous convaincus que la cause anglaise était juste, que George II, roi d'Angleterre et électeur de Hanovre était le légitime souverain de l’Écosse - bien plus légitime que ce falot de Stuart, réfugié en France depuis décidément trop longtemps. Sans doute devait-il à peine savoir situer Édimbourg sur une carte. Entre un germano-anglais qui connaissait ses terres et un écossais plus français que réellement écossais incapable de dire pourquoi Kerr et Scott étaient en conflit depuis des lustres, je préférais la première option, comme tous les miens. Voilà au moins une chose sur laquelle nous étions tous tombés d'accord.

Je me surpris à sourire : ni Stuart ni Hanovre n'étaient au fond réellement aptes à comprendre l’Écosse, ses clans et leurs querelles. Parfois, même les écossais eux-mêmes comprenaient mal leur propre histoire. Nul n'avait jamais été capable de m'expliquer pourquoi cette haine entre mon clan et celui des Kerr, haine héréditaire, qui avait tant et si bien traversé les âges qu'il avait fallu rien de moins que des guerres, des batailles, des mariages et des alliances interminables pour apaiser les tensions entre nos rivaux et nous. Tensions qui n'attendaient qu'une étincelle pour reprendre. Je me souvenais que leur nom était agité comme un étendard menaçant lorsque nous étions enfants : 'révisez votre latin, demoiselle Scott, où les Kerr viendront vous chercher !' Lorsque je fis mes premiers pas à la Cour, je fus surprise de constater que ces êtres visiblement si dangereux étaient constitués comme je l'étais, de deux jambes, deux bras, une tête et un visage guère différent du mien. J'ignorais comment je les imaginais réellement, mais pour moi ils tenaient plus du monstrueux que de l'humanité. 'Mais ils n'ont pas l'air différent de nous !' m'étais-je exclamée, ce à quoi mon père, exceptionnellement présent à mes côtés, avait ri : 'bien sûr que non, ils n'ont pas l'air différent : c'est la leur ruse la plus subtile. Gardez-vous d'eux, Anaya, on ne peut leur accorder notre confiance. Ces damnés-là ne vivent que pour nous sauter à la gorge lorsque nous aurons cessé de leur prêter attention.' J'ignorais qui d'eux ou de nous avait commencé cette guerre, même si chacun chez moi les accusait tout en donnant systématiquement une version différente des débuts de la querelle, et sans doute chez eux les mêmes histoires étaient servies... Avec nous dans le rôle des odieux personnages.

'Verrons-nous notre cousine Anne à Edimbourg ?
- Sans doute,' fit ma jumelle, atone.
Au dehors, la pluie avait cessé, c'était le soleil qui pointait et nimbait le paysage encore détrempé de cette lumière propre aux Lowlands. Depuis nos appartements personnels, au dernier étage de Dalkeith Palace, nous dominions la quasi-totalité du parc, à l'herbe couleur émeraude. Près d'un siècle plus tôt, le palais avait été vendu au comte de Buccleuch, Francis Scott, par la famille Douglas. Celui-ci n'avait eu pour seule héritière qu'une fille, Anne Scott, qui avait accompli le plus glorieux des mariages en s'unissant à James Fitzroy, qui deviendrait ensuite James Scott, duc de Monmouth, fils illégitime du roi Charles II. Là naissait l'alliance, jadis inexistante et même inenvisageable, entre ma famille et les souverains anglais. Mes glorieux ancêtres, ceux qui s'étaient battus avec les Bruce contre Edward Ier, le 'marteau des écossais', devaient être outrés de nous voir aujourd'hui agir en faveur de Londres - d'après Greer, en tout cas. Elle disait cela à notre père en riant, les quelques fois où il était présent, comme si tout n'était qu'une vaste farce, et je donnais en général quatre secondes au Laird avant qu'il n'abatte son poing sur la table pour la faire taire. Père était convaincu que nos ancêtres, en bons Scott, comprenaient désormais la nécessité de s'allier à l'Angleterre. Je m'était rangée à son avis, comme mes frères, ma cadette, et ma jumelle au fond, quand bien même elle s'amusait parfois à laisser soupçonner le contraire. Greer restait une Scott, et savait tout comme moi que la lumière ne venait pas des Highlands mais bien du royaume au-delà du mur d'Hadrien. 'J'ai dit à Agnès de porter une robe bleue aussi,' dis-je, 'ainsi nous serons habillées de la même façon, ce sera joli.
- Père va adorer cela aussi,' ironisa Greer, 'si tant est qu'il est là. La parfaite famille de poupées, n'est-ce pas ?
- La mode est affaire de politique, chère soeur, et c'est là un excellent moyen de donner au monde l'image d'une famille unie.
- Ce que nous sommes, naturellement.
- Nous le sommes toujours plus que certains,' répliquais-je, lorsque l'image de la fratrie Fraser s'imposait à mon esprit.

Ils étaient pour nous l'exemple à ne pas suivre - trop d'écarts entre l'aînée et ses cadets, tout de différences, de mésententes, nous devions en face imposer l'idée d'un roc solide qui agissait d'un commun accord. Pour le monde, mon père était un homme d'honneur, mes frères d'excellents camarades, mes soeurs et moi de charmantes damoiselles, et rien, jamais rien, ne devait entacher l'impeccabilité de notre réputation. Cela devenait presque un jeu, mais un jeu terriblement lassant par moments, voire de plus en plus étouffant. Maîtrise-toi, souris, et ne laisse personne deviner ce qui ne va pas. Arrange ta robe, enfile ton visage de poupée, gagne ta place et ne la quitte pas, souris encore, sois aimable, sois la gentille demoiselle que tu dois être. Ronge ton frein, ne ressens rien, ne montre rien. Et cela encore et encore et encore, comme une immense comédie qui se répétait jour après jour, année après année. Des maîtresse de Père, nous ne pouvions rien dire. De ses bâtards, nous devions parler encore moins. Lorsqu'il dédaignait notre compagnie pour arpenter les rues peu fréquentables de la capitale, nous servions l'éternel mensonge : la maladie le retenait, le travail l'accaparait. En réalité, mon frère Francis, l'aîné et héritier, gérait depuis bien longtemps les vastes domaines délaissés par leur seigneur en titre. Pour un homme qui nous répétait sans cesse d'accomplir notre devoir, lui respectait bien peu le sien. Mais de cela, nous ne pouvions pas parler non plus.

En réalité, notre vie n'était faite que de non-dits et nous autres, filles du Laird, n'étions rien de plus que des pions sur un échiquier auquel nous n'aurions jamais accès. Triste constat.

'Tu as l'air bien mélancolique, d'un coup.'
Je me ressaisis, souris : 'mais non, j'étais juste dans mes pensées. Tout va bien.
- Tu mens bien, mais pas à moi. Qu'est-ce qui ne va pas ?
- Rien. Greer, je t'assure que tout va bien.'
Ma soeur, guère convaincue, leva les yeux au ciel : 'tu sais qu'Agnès ne parle plus que de mariage, ces derniers jours ?
- Elle lit trop de romans d'amour, je le crains.
- Je pense plutôt qu'elle est éprise, Ana. Notre mission ce soir sera de trouver quel homme fait battre le petit coeur de notre tendre cadette.'
J'eus un léger rire : 'et toi, Greer, existe-t-il un homme à Édimbourg qui fasse battre le tien ?
- Point !' s'exclama ma soeur, 'et c'est fort dommage d'ailleurs.
- Moi qui te croyais si indépendante et vive d'esprit que tu n'aurais jamais besoin d'un homme !
- Sottises. Je n'ai besoin d'aucun homme, pas plus que quiconque. Mais le seul moyen de fuir d'ici est de me marier, aussi je puis te jurer que je ne me priverais pas.'
Elle avait parlé sur le ton de la franche camaraderie, et pourtant mon sourire se fana d'un coup.
'J'ai peur, tu sais.
- De quoi ?'

C'était compliqué à exprimer. D'autant que j'avais finalement très peu l'habitude de me confier - je détestais me confier. J'écoutais mes soeurs, mes frères, j'écoutais tout le monde, mais je parlais peu. Jamais lorsque je n'avais rien à dire - et ce n'était pas par timidité, mais plus par... Froideur naturelle ? Absence totale d'envie de laisser à mes interlocuteurs la possibilité de déceler en moi une faille quelconque ? A force de me taire, même parler à Greer était devenu difficile, pourtant si j'avais une confidente en ce bas-monde, c'était elle.

'Je ne sais pas,' finis-je par lâcher, un peu hésitante. 'J'ai envie de dire que j'ai peur du mariage, que j'ai peur que cela m'enferme dans une cage, mais... J'y suis déjà, dans ma cage, n'est-ce pas ? Dans quelle mesure n'ai-je pas moi-même participé à sa création ? J'ai parfois l'impression d'être un oiseau élevé en captivité, dressé pour chanter quand son maître claque des doigts. Parfois, je me dis que mon mari sera différent de notre père, que le jour où je ne serais plus fille mais épouse, je dirigerais ma propre maisonnée et je serais maîtresse de ma vie mais... C'est faux, n'est-ce pas ? Un mari, un frère, un père, nos vies sont définies en fonction de l'homme dont nous dépendons. Et cela me fait peur : nous ne ferons que passer d'une domination à une autre en nous mariant, et en même temps, que ferions-nous de cette liberté, si nous l'avions ?' L'idée même de vivre pour moi, sans personne à qui rendre de comptes, avait quelque chose de terriblement angoissant. Mais envoyer valser les mensonges, les faux-semblants et les sourires de façade dans lesquels j'avais été élevée me tentait souvent plus que de raison. J'avais reçu, tout comme mes soeurs, une très bonne éducation, bien meilleure que la plupart des jeunes filles du commun : littérature et histoire, géographie, langues vivantes et mortes, musique, danse, rhétorique, théologie, philosophie, rien ne nous avait été épargné, rien n'avait été laissé au hasard. Un enseignement très humaniste, très poussé aussi, destiné à faire de nous de savantes demoiselles sans doute - bientôt des jeunes femmes aptes à prétendre faire partie du beau monde, à être de dignes représentantes de la famille Scott, à contracter un prestigieux mariage qui enracinera les liens de notre clan. Personne au sein de ma fratrie n'avait manqué de quoi que ce soit : les dernières parures à la mode, nous les obtenions, la nourriture était loin de manquer, le froid n'était pas un réel ennemi, que l'un de nous tombe malade et toute une armée de domestiques venait aussitôt nous prêter assistance. La préséance nous était cédée à de nombreuses reprises, le prestige qui entourait notre nom nous assurait la loyauté de ceux qui vivaient sur nos terres. Davantage que mes frères, avec qui nous feignions la complicité alors que nous ne les connaissions finalement que très peu, Greer, Agnès et moi avions grandi dans une bulle, à l'écart du monde. Nous étions privilégiées, c'était un euphémisme - privilégiées mais jamais libres.

'Tu crois que Père accepterait de nous marier à des seigneurs anglais ?
- Je ne sais. Pourquoi, cela te plairait ?
- Je ne sais,' soupira doucement ma jumelle, 'mais je me dis que plus nous serons loin d'ici, plus nous serons loin de cette vie.
- Un peu utopique, Greer.
- Oui, c'est ce que je me disais aussi. Mais on a bien le droit de rêver, non ?'
Je souris : 'prends garde, chère soeur, les rêves sont un vrai danger. Un poison bien plus efficace que le tue-loup.'

Mais n'étais-je pas la première à espérer qu'un gentilhomme directement venu d'Angleterre me remarque parmi les autres filles de la noblesse d’Édimbourg et m'épouse après une cour discrète mais sincère ? Mon père s'était engagé trop loin dans le camp de la rose pour refuser mon union avec un anglais, s'il l'estimait digne d'épouser une Scott. Et moi... Je me sentis rougir. Il me faudrait cesser de lire à la sauvette quelques paragraphes de ces romans d'amour qui s'accumulaient dans la chambre de ma jeune soeur. Les Lettres persanes étaient une lecture bien plus saine, et en prime me feraient réviser mon français - de biais, je jetais un regad à l'ouvrage, que je n'avais pas ouvert depuis quelques jours, trop préoccupée par la réception de ce soir. Celle que le prince Frédéric de Galles organisait à Holyrood. C'était courageux à lui de séjourner sur les terres écossaises en ces temps troublés, où ces imbéciles de jacobites ourdissaient pour bouter son père, et donc lui-même, hors d'un trône qui lui appartenait de droit. Les mots 'acte d'Union' étaient-ils donc si complexes, pour qu'aucun d'eux ne semblât les comprendre ? Ou même les avoir entendu un jour ? L’Écosse demeurait religieusement et législativement indépendante, gardait le contrôle de l'éducation de ses jeunes ouailles, n'était-ce pas là le principal ? Pour le reste, ne pouvions-nous pas souffrir la présence de quelques tuniques rouges sur notre sol ? Apparemment pas, puisque ces satanés rebelles confondaient respect des traditions avec retard inique et refus total de la modernité que pouvait offrir l'Angleterre.

   
« no one ever listens, this wallpaper glistens
don't let them see what goes down in the kitchen »



   


Dernière édition par Anaya Scott le Mer 2 Nov - 18:25, édité 22 fois
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MessageSujet: Re: ANAYA SCOTT ♛ DOLLHOUSE   Dim 30 Oct - 15:49

/*Mode Fergus le BG: ON*/
Ma Lady c'est un honneur que de vous accueillir parmi nous :004:
/*Mode Fergus le BG: OFF*/

Bienvenue à toi parmi nous ! Je te souhaite bonne chance pour la rédaction de ta fiche et si tu as la moindre question n'hésite pas à contacter un membre du staff :)



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A mhic un de diabhoi. + N’oublies jamais ce que tu es, car le monde ne l’oubliera pas. Puise là ta force, ou tu t’en repentiras comme d’une faiblesse. Fais-t-en une armure, et nul ne pourras l’utiliser pour te blesser.
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MessageSujet: Re: ANAYA SCOTT ♛ DOLLHOUSE   Dim 30 Oct - 15:56

Alexandra I love you

Welcome I love you

Réserves moi un petit lien :3

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❥ Rosemary Brandon
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MessageSujet: Re: ANAYA SCOTT ♛ DOLLHOUSE   Dim 30 Oct - 16:17

Alexandre et la famille Scott ♥ J'ai joué un membre de cette famille sur un autre forum historique et beaucoup plus tôt que ça, c'est une famille qui vaut le détour ♥
Bienvenue :D Si tu as des questions surtout n'hésite pas à nous contacter :004:
Bon courage pour la rédaction de ta fiche :001:
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MessageSujet: Re: ANAYA SCOTT ♛ DOLLHOUSE   Dim 30 Oct - 16:20

Bienvenue par ici Lady Scott :017:
Bon courage pour ta fiche et si tu as des questions n'hésite pas I love you
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MessageSujet: Re: ANAYA SCOTT ♛ DOLLHOUSE   Lun 31 Oct - 14:38

Anaya Scott a écrit:
J'ai appris à me garder d'eux, à m'en éloigner et même à m'en gausser, et je ne m'en prive point !

bitch, game on.
:009:

une perfection qui se profile, bienvenue parmi nous ;) ;) ;)

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MessageSujet: Re: ANAYA SCOTT ♛ DOLLHOUSE   Lun 31 Oct - 16:33

C'est un très bon début de fiche que je vois là! Bonne chance pour la suite ma jolie!

Bienvenue parmi nous au passage♥

_________________
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MessageSujet: Re: ANAYA SCOTT ♛ DOLLHOUSE   Lun 31 Oct - 17:36

merci énormément à tous ! :012: je saurais à quelles portes frapper si je galère, haha ;)
hâte de rp avec tout le monde ici :001: (oui, même toi, Ranald :009: )
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♛ Chardons en poche : 520
♛ Mon allégeance va à : Au Clan Fraser et à mon père Simon Fraser de Lovat ensuite à mon fiancé Ranald MacDonald, fils du Laird MacDonald


MessageSujet: Re: ANAYA SCOTT ♛ DOLLHOUSE   Mer 9 Nov - 20:28

Coucou Anaya tout ce passe bien ? As-tu terminé ?

_________________


Everything could happen between now and never. + N’oublies jamais ce que tu es, car le monde ne l’oubliera pas. Puise là ta force, ou tu t’en repentiras comme d’une faiblesse. Fais-t-en une armure, et nul ne pourras l’utiliser pour te blesser.
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ANAYA SCOTT ♛ DOLLHOUSE
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